10 figures gagnantes
Déc 2016

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10 figures gagnantes

10 figures gagnantes des entreprises d’Outre-mer

Businesswomen, elles évoluent dans un univers professionnel où les femmes sont encore très minoritaires. Et elles y excellent.
FRANCETTE ROSAMOND

Le monde de l’entreprise dans les régions d’Antilles et de Guyane est peuplé de costumes-cravates qui donnent une image bien réduite de la réalité. Longtemps cantonnées à des secteurs traditionnels dits « féminins », comme la fonction publique, les services et certains emplois peu gratifiants, les femmes font bouger le cocotier et le font savoir. Elles osent désormais investir des secteurs où, même si elles ne représentent qu’une poignée, elles jouent à fond leur rôle de pionnières et réussissent souvent leur pari professionnel. L’or, la téléphonie, l’élevage industriel, les transports, l’édition, etc., sont des branches où leurs patronymes s’inscrivent en lettres scintillantes dans le panthéon des entreprises indépendantes ou en marges des mastodontes locaux. Portraits de femmes entrepreneures qui incarnent le dynamisme féminin en la matière dans les départements de la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. En outre, à côté de ces businesswomen figurent aussi des entrepreneures sociales engagées dans l’humanitaire, et qui font entendre leurs voix pour aider les populations les plus fragilisées et pointer les secteurs laissés en friche par les pouvoirs publics. Chapeau bas pour ces icônes qui balisent les chemins que d’autres emprunteront plus aisément dès demain, afin que ces Départements Français d’Amérique soient des modèles de développement dont l’aura irradiera dans toutes les grandes et les petites Antilles.

Guadeloupe

MAUD-LURELMAUD LUREL est secrétaire générale du groupe Anceneaux créé par son père, Guy Lurel. Plus  gros producteur de porcs en Guadeloupe, le groupe possède un élevage de 4 000 têtes, un abattoir et une usine de transformation sous l’enseigne « L’Éleveur Cochon Pays ». Maud Lurel était directrice de l’unité d’abattage quand cette structure a été détruite par un incendie. Avec ses équipes, elle a assuré le redémarrage d’une nouvelle usine de transformation en un temps record et sans licencier de personnel. Avec l’ensemble des producteurs de déchets carnés de Guadeloupe regroupés au sein d’une association professionnelle baptisée « Gestion des déchets Guadeloupe » (GEDEG), le groupe que représente Maud Lurel vient d’inaugurer l’unique usine de traitement des déchets carnés de l’île, ce qui rend désormais la Guadeloupe vertueuse sur ce plan.

EVE RIBOUD est la directrice de Dauphin Télécom. Ce petit poucet de la téléphonie mobile et EVE-RIBOUDfixe implanté à Saint-Martin, vient d’obtenir de l’Autorité de régulation des Télécoms (ARCEP), une licence 4G pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy, au même titre qu’Orange, SFR, Digicel et Free, dernier venu sur le marché des Antilles françaises. Autre fait d’arme de cette femme qui n’a peur de rien : elle est à l’origine de CaribComX, une plate-forme qui permet que les communications intra-caraïbes des opérateurs télécoms privés de la Caraïbe ne soient plus obligées de transiter par des serveurs implantés aux États-Unis ou ailleurs dans le monde. Ainsi, depuis 2014, dix opérateurs télécoms en activité à Tortola, Anguilla, Barbade, Saint-Kits & Navis, Sint-Marten, Saint-Barthélemy, Martinique, Guadeloupe, Guyane utilisent cette plate-forme régionale qui a été financée grâce à des fonds européens de coopération interrégionale.

DOMINIQUE--VENEREDOMINIQUE  VÉNÉRÉ est membre du 7030 e district du Rotary International qui comprend quatorze pays anglophones et francophones de la Caraïbe, auxquels s’ajouteront à partir du 1er janvier 2017, les îles d’Aruba, Curaçao et Bonnaire. Il y a encore un an, Dominique Vénéré était en charge des 39 clubs de Rotaractiens (regroupant des jeunes de 18 à 30 ans) impliqués dans des activités aussi diverses que l’assainissement, la construction d’écoles, la lutte contre le diabète, et la prise en charge de la drépanocytose ou de l’autisme. Dominique Vénéré sera la première française à accéder au poste de gouverneur de ce district en 2018-2019.
En juillet 2015, elle a également été la cheville ouvrière, aux côtés de l’organisateur et homme de télévision Jimmy Brother, de la venue réussie en Guadeloupe du célèbre Révérend afro-américain Jessie Jackson.

 

Guyane

BRIGITTE PETERSEN  dirige deux entités industrielles, Aluver et Soprodig, qui fabriquent respectivement de la miroiterieBRIGITTE-PETERSEN et des produits à usage unique de type papier toilette, essuie-tout, etc. Elle est aussi présidente du Conseil de surveillance du Grand Port maritime de Guyane. Outre le fait d’être une opératrice économique reconnue, sous son impulsion, le Grand Port maritime de Guyane a entrepris un projet d’études de faisabilité pour développer du cabotage en direction du Brésil, du Surinam et de la Caraïbe, à partir du port de Desgras-des-Canes. Le port maritime de Guyane est également en train d’implanter une infrastructure dédiée à l’énergie et aux matières premières à Saint-Laurent-du-Maroni. Une plate-forme offshore destinée à favoriser le transbordement est également à l’étude au large de Cayenne.

VALENTINE-BONIFACEVALENTINE BONIFACIE, technicienne supérieure au Centre spatial Guyanais (c’est elle qui s’occupe du compte à rebours pour le départ des fusées), est aussi la présidente de l’association Guyane Pionnière qui accompagne chaque année 150 à 200 femmes installées sur le territoire guyanais.
Son objectif : les inciter à démarrer une activité économique. En mars 2015, elle a représenté la Guyane au palais de l’Élysée, à l’occasion d’une cérémonie d’hommage organisée par le Président de la République François Hollande, autour des “100 femmes qui font bouger la France”.

CHRISTINE CHUNG , directrice de Guyacom, opérateur téléphonique ayant installé la fibre optique entre la Guyane CHRISTINE-CHUNGfrançaise et le Brésil, est également gérante de la Société d’ingénierie et travaux Télécoms, société de travaux publics qui a posé la fibre. Guyacom a en outre réussi l’exploit de nouer un partenariat avec le plus gros opérateur brésilien de télécoms, intéressé à désenclaver cette partie du continent d’Amérique latine. C’est la première opération de coopération technique et financière réalisée avec le Brésil sur ce secteur d’activité. En plus du développement de la fibre optique en Guyane, Guyacom a couvert en très haut débit d’importantes communes comme Rémire-Montjoly, Macouria et Montsinéry, bien avant les gros opérateurs du secteur que sont Orange, SFR et Digicel.

CAROL-OSTOREROCAROL OSTORÉRO , PDG de MacDeal, une entreprise commercialisant du matériel d’extraction d’or en Guyane, est aussi dirigeante d’une compagnie minière depuis vingt ans. Actuelle présidente de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (Fedomg), elle a été vice-présidente du Conseil régional de la Guyane, en charge du développement économique, et présidente de Guyane Développement, l’agence de développement économique du département. Avec la Fedomg, elle se “bagarre” avec l’État français pour que soit ratifié le nouveau schéma minier de la Guyane qui est prêt depuis 7 ans. Ce nouveau code minier assurerait, entre autres, une meilleure organisation de la filière d’extraction d’or entre les grosses unités et les petits exploitants et surtout, permettrait d’impulser un réel développement de cette filière avec la mise en production de trois nouveaux gisements : Montagne d’Or en 2020 (avec un potentiel de 120 tonnes), Espérance en 2023 (dont le potentiel est de 150 tonnes), et enfin en 2024, Bon Espoir qui table sur un potentiel de 150 tonnes.

Martinique

JOSETTE AUGUSTIN Déléguée aux droits des femmes, elle est respectée pour son caractère bien trempé, sa détermination et son infatigable volonté de JOSETTE-AUGUSTINfaire aboutir les choses. Ardente défenseur de la cause des femmes, surtout les plus démunies, quitte à tenir tête parfois à sa hiérarchie et aux politiques du moment, Josette Augustin s’est lancé comme défi de faire augmenter de 15 % le nombre de femmes chefs d’entreprise en Martinique. Pour cette expérimentation, elle s’appuie sur le Plan d’action de l’entreprenariat au féminin (Paref), avec comme partenaires la Caisse des Dépôts et Consignation et la Collectivité territoriale de Martinique. Ce plan fonctionne sous forme d’ateliers de travail qui se tiennent dans les trois communautés de communes de l’île (Cap Nord, Espace Sud et Cacem), sur le thème : “Homme/femme chef d’entreprise, y a-t-il une différence ? 1 000 Martiniquaises y ont déjà été associées, de même que des participants masculins.

SANDRA-CASANOVASANDRA CASANOVA Présidente de Martinique Pionnières, et présidente de Cluster Gat Caraïbe Logistique et Transport, Sandra Casanova est surtout l’organisatrice du premier Salon des transports et de la logistique, organisé en Martinique avec une forte présence d’opérateurs caribéens. Ayant longtemps exercé l’activité de transporteur scolaire et de personnes, Sandra Casanova a su fédérer des transporteurs indépendants pour présenter une offre crédible lors du renouvellement du transport de personnes sur le territoire du centre de la Martinique.
Autre initiative remarquée, en vue de l’instauration de la parité lors des dernières élections régionales, elle a mis en place – en tant que présidente de l’association « Femmes 3000 Martinique », une formation destinée à de futures candidates. Dénommées Cafés-patios, ces rencontres, qui attiraient un nombreux public, se tenaient une fois par mois, en partenariat avec l’Association nationale Femmes & Pouvoir. Quelques-uns des thèmes traités :
“L’État, partenaire du développement économique en Martinique”, “L’école vecteur de l’égalité hommes/femmes dans la société”, “Résolution amiable des conflits, oui, mais comment ? “Violences sexuelles en Martinique”, etc.

MARYSE MANSCOUR  est la gérante de Trans-Madikera, une des entreprises qui tentent de structurer le MARYSE-MANSCOURtrafic interîle par camions, entre la Martinique et la Guadeloupe. Jusqu’à son implantation voilà une vingtaine d’années, le transport maritime interîle de marchandises relevait d’un certain amateurisme et connaissait une désorganisation problématique qui encourageait de nombreux abus et un laisser-aller de certains personnels portuaires. Quand Maryse Manscour est arrivée dans ce secteur d’activité, elle a souhaité fédérer ses confrères pour plus d’efficacité et de transparence dans l’organisation. Des grèves se sont alors manifestées, notamment lors de la structuration des deux ports en grands ports maritimes de droit privé. Mais l’obstination de Maryse Manscour a permis une harmonisation des tarifs entre les deux ports et, surtout, une meilleure équité de traitement. Forte de cette expérience réussie, c’est encore grâce à elle que le transport interîle de marchandises par camions est aujourd’hui mieux structuré entre les deux départements des Antilles françaises.

 

Sources BRUNE N°71